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Last Update: 28.05.2000 |
MOTS DU NET: Certains laissent les spécialistes perplexes |
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Ah! que ce « @ » est agaçant © Bruno Le Marcis - LE FIGARO 1er mai 2000 - «Multimédia» page 26 C'est peut-être le premier livre dont on est bien en peine d'énoncer correctement le titre. Avec Histoire d'@, Alain Lediberder créateur des sites web de Canal+ (1), signe un "Abécédaire du cyber" dont la première tentative de définition laissera plus d'un internaute curieux sur sa faim. Car toutes les hypothèses circulent quant à la prononciation exacte du signe @ et l'étymologie de son nom. D'aucuns le verraient bien venir du fin fond du Moyen Age, comme une mignardise de copiste esthète, un raccourci du latin ad (signifiant vers) ou encore l'abréviation graphique d'une ancienne mesure hispano-mauresque tombée en désuétude. D'autres assurent au contraire qu'il plonge ses racines dans les usages épistolaires des diplomates d'antan. Voire, plus prosaïquement, lorsque les premiers hommes des claviers firent leur apparition dans les basses vallées californiennes à lère du silicone supérieur. Alain Lediberder , qui se garde de trancher, souligne le paradoxe : voici, poussé par le raz-de-marée d'Internet et lexplosion de la messagerie électronique dont il est l'élément pivot des adresses, un signe que plus personne n'ignore mais dont l'origine échappe à tous. Agaçant. Arobas (mais on trouve aussi arrobas, arrobase, arobase, arrobace...) s'écrit désespérément @ et se prononce «chez» ou «at» à l'américaine. Ah! comme il serait simple de pouvoir passer les mots au test du carbone 14. Hélas! le cybercryptogramme résiste. Faute des lumières d'un nouveau Champollion que la Toile attend toujours, linguistes, lexicologues et encyclopédistes en sont donc réduits à poursuivre leurs investigations. Comme le grammairien Jacques Capelovici, qui plonge en vain dans ses plus anciens dictionnaires : «c'est peut-être, suggère-t-il, l'invention d'un esprit bizarre...» N'espérez pas trop vite le verdict te l'Académie française. Si la commission idoine se réunit rituellement chaque jeudi, c'est à son pas qu'elle prépare le troisième tome de la 9e édition du Dictionnaire et travaille actuellement à la lettre M. L'arobas commençant par un A, il faudra patienter jusqu'en 2005 - au moins - avant que la vénérable institution se penche sur la question lors de la préparation de la 10e édition. Alain Rey, chef de la maison Robert, qui publie ces jours-ci deux volumes d'une nouvelle édition du Dictionnaire historique de la langue française, a provisoirement tranché : «Je crois, dit-il, que ce mot, qui pour une fois n'est pas calqué de l'anglais, vient de la typographie». Arobas pourrait donc provenir de la déformation d'un terme d'imprimerie: «a rond bas de casse». Autrefois, les caractères en plomb était rangés dans des casses, sorte de plateaux à casiers, dont les rangées de cassetins les plus basses le bas de casse contenaient les signes les plus couramment employés, notamment les minuscules. «Le vocabulaire traditionnel de la typogrpahie, note Alain Rey, est parfois employé métaphoriquement. On parle toujours de bas de casse alors qu'il ny a plus de casses. Je pense que le rond bas de casse a dû garder une vie linguistique même quand le référent concret n'en avait plus. Ça me paraît plausible, mais sans plus. On n'a pas de preuve flagrante.» Sauf coup de théâtre, Le Petit Robert héritera de cette explication à la rentrée. Claude Hagège, titulaire de la chaire de théorie linguistique au Collège de France, pencherait volontiers pour cette version. «On est très perplexe sur ce mot. Ce dont on est certain, explique-t-il, c'est que le signe est tout à fait ancien, que son appellation n'est pas d'origine anglo-américaine et qu'elle est bien latine ou néoromane». Pour l'éminent professeur, qui rappelle que les «scribes médiévaux se servaient beaucoup de signes de ce type, et notamment de celui-là», il faudrait chercher l'étymologie de son nom «dans l'ancien français du XIème au XIVe siècle». Voire «quasiment dans le provençal». Claude Hagège note que dans les Trésors du félibrige, un dictionnaire franco-provençal paru à la fin du siècle dernier sous l'égide de Frédéric Mistral, «le mot arobas apparaît comme une déformation de ara-bast: un crochet qu'on accrochait au bas du dos des bêtes de somme.» «Les scribes, ajoute-t-il, avaient inventé une profusion de signes destinés à alléger leur tâche. Celui-là était probablement une abréviation du ad latin.» Une explication qui sent bon la tradition, mais que le linguiste ne prend sous son chapeau pour autant: «Au fond, pas plus que d'autres je ne connais vraiment l'étymologie de ce mot.» L'arobas garde encore sa part de mystère. (1) "Histoire d'@, l'abécédaire du cyber», Alain Lediberder . La Découverte Ed. 176 pages. 89F. Le débat est ouvert sur la Toile, notamment dans les forums et listes de discussion consacrés à la langue française: http://www.chez.com/languefrancaise/index/indexalpha.htm et http://club.voila.fr/do/info/langue.fr/info.html
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