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Présentation Mercredi 6 nov. First Tuesday Lausanne @ Forum EPFL — dans le cadre du Thème :«La bulle internet racontée par ceux qui l'ont vécue»


«Vu sur Internet : Les excès de la bulle passés en revue»
par Emily Turrettini

Pour avoir suivi l’actualité Internet au quotidien depuis 1996, j’ai réuni pour aujourd’hui quelques uns des temps forts de l’époque de la bulle Internet et de l’esprit pionnier qui y régnait.

Pour beaucoup d’entre nous, acteurs ou simple observateur de cette époque euphorique, le monde était entrain de changer irrévocablement grâce aux promesses et au potentiel immense du réseau.

On comprenait que l’Internet était un monde nouveau, un espace de liberté et d’espoir social pour les uns, un nouveau far ouest et une ruée vers l’or pour les autres. Jacques ATTALI décrit à son tour l’Internet comme un septième continent.

C’était une époque où tout s’accélérait, jusqu’à la notion du temps, on parlait du temps Internet dans les présentations Power Point pour décrire le rythme accéléré des affaires conduites sur le Web.

Le terme "Internet Time", revenait sans cesse dans la presse. Le WSJ l’a mentionné 4 fois en 1996 et 43 fois en 2000, 2 fois en 2002.

Des chiffres mirobolants et parfois erronés circulaient comme parole d’évangile comme celui du trafic Internet qui double tous les 100 jours, un chiffre répété comme un mantra par les CEO et la grande presse, et même par le département du commerce américain dans un rapport publié en 1998. Il s’avère que le trafic Internet double chaque année.

Des projections sont publiées aux Etats-Unis et en Grande Bretagne respectivement par le Départment of Transportation et le Freight Transport Association concernant la prolifération de camions livreurs dû aux achats effectués online et les conséquences futures sur le traffic routier. Il y avait de quoi rassurer les dotcoms sur le potentiel du commerce électronique!

La fièvre gagne les universités où des cours sont proposés et pris d’assaut comme celui de La Business School de l’Université de Michigan " FROM IDEA TO IPO IN 14 WEEKS " où les étudiants devaient présenter leur propre business plan pour une start up. Une société de capital risque à même déboursé $ 12'000 pour assister au cours.


"From idea to IPO in 14 weeks" University of Michigan Business School

" E-Business Strategies " University of Chicago Business School

"E-Commerce Law and Ethics" University of Michigan Business School

"Electronic Commerce" Carnegie Mellon University


De jeunes entrepreneurs ambitieux quittent leur travail dans des secteurs traditionnels, ou sortent des écoles en quête de rêves boursiers.

Ils fondent leur propre start up ou travaille dans une société Internet où la moyenne d’âge se situe entre 24 et 28 ans et où une condition sine qua non d’embauche est d’être rémunéré par des stocks options.

Il s’affublent de titres qui font rêver et qui expriment une idéologie et une nouvelle culture d’entreprise :


Tim Roberts — Chief Visionary Officer — Broadband Investment Group

David Roberts — Chief Zaplet — FireDrop Inc.

Sheri Falco — Chief Catalyst — Libida.com

John Sculley — Chief Listener — Apple Computer

Dark Jedi—Organic Inc.

Code Therapist — Organic Inc.

Duchess of Chaos — Netscape Communications Corp

Virtual Reality Evangelist — Silicon Graphics


Online, c’est le délire.

Souvenez-vous d’un texan nommé Mitch Maddox qui a légalement changé son nom en dotcomguy et qui s’est enfermé dans son appartement pendant un an, visible 24 heures sur 24 sur Internet grâce aux webcams. Son objectif ? prouver au monde que le commerce électronique est une réalité et qu’il il pouvait consommer et vivre sans sortir de chez lui.

Certains sites atteignent le statut de véritable vedette. Michael Ovits, agent Hollywoodien des stars comme Cameron Diaz et Tom Cruise, rajoute à son registre de clients prestigieux le majordome du moteur de recherche AskJeeves, pour faire sa promotion.

L’Internet n’attire pas seulement ceux qui souhaitent s’enrichir, 2 millions d’internautes téléchargent le fond d’écran du programme SETI@Home, dans un premier effort de grid computing (technologie de mutualisation des ressources en réseau) pour entrer en contact avec une intelligence extra-terrestre.

Deux millions d’internautes dans plus de 100 pays ont participé à la campagne de lutte contre la faim dans le monde en cliquant sur un bouton sur la page du Hungersite.

Pas une semaine ne se passait sans qu’un objet extraordinaire ou insolite est mis en vente sur ebay. Valant à l’entreprise une notoriété et une publicité impossible à quantifier :


Un tableau de Rembrandt— dont l’authenticité était contesté

Un tableau non certifié de Monet

Les dessins et modèles d’un tueur en série envoyés depuis sa prison

Une équipe de 16 ingénieurs en chair et en os qui proposent leur service pour une mise de départ de $ 3.14 millions

Le rein d’un adulte, sain

La virginité d’un jeune homme

Une pierre de la pyramide de Cheops

500 pounds de marijuana


C’était aussi la grande époque des noms de domaine où les noms génériques surtout se vendent à prix d’or.

C’est Business.com qui détient le record à $ 7.5 millions, racheté par Ecompanies à Mark Ostrofsky en novembre 99, qui l’avait lui même payé $ 150'000 en 1997, une somme insensée à l’époque.


BUSINESS.COM
est racheté $ 7.5 millions

MORTGAGE.COM
est racheté $ 1.8 millions

WALLSTREET.COM
s'est vendu pour $ 1 030 000

DRUGS.COM
s'est vendu pour $ 823 456

WINE.COM
s'est vendu pour $ 3 millions

CINEMA.COM
s’est vendu $700,000


En 2000, 98% des mots contenus dans le " Webster English Dictionary" ont été enregistrés comme noms de domaine.

On dit qu'un nom de domaine est enregistré toutes les 5 secondes

L’Etat de Virginie lance les premières plaques d’immatriculation dotcom pour véhicules, se proclamant "La capital Internet " des USA. Suivi par l’Etat de Pennsylvanie qui fait de même.


Toutes sortes d’études analysent les comportements des internautes, dont certains laissent songeur...


L’Internet est le plus fréquenté les jours qui précèdent la pleine lune.

59% du temps passé sur Internet par les employés de bureau n’a rien avoir avec le travail.

6,2% des internautes sont de véritables drogués du net.

75% de la population aux Etats-Unis font leurs achats online en pyjama.

Les internautes qui passent beaucoup de temps sur le réseau sont isolés et solitaires.

Ou au contraire...

L’Internet favorise la communication dans les familles et les rapports auprès de ses amis.


En 1999, la Bourse est déchaînée.

Dans ce climat d’"Exubérance Irrationnelle " comme le décrira plus tard Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine, une fièvre s’empara des marchés boursiers, et pour les titres Internet et les valeurs technologiques, une véritable folie s’installa autour de leur introduction en Bourse.

La flambée des cours des " valeurs.com " fait apparaître de nombreux adeptes du day trading. Ils multiplient les transactions, achètent et vendent des actions sur des périodes allant de quelques de secondes à quelques heures pour capturer des dixièmes de pourcent de bénéfice.


Début 1999, les day traders représentent 15% des échanges sur le Nasdaq

Le nombre de day traders a passé de 3’000 en août 1998 à 7 millions en mai 1999.

5 millions d’investisseurs amateurs font occasionnellement du trading par l’Internet.


1999, c'est l'année où le E-Commerce atteint un chiffre d'affaires de $ 10 milliards, soit trois fois plus que l'année précédente et où Jeff Bezos - PDG d'Amazon.com est sacré homme de l'année par Time magazine.

L’imagination des dotcomers est sans limites. Les rêves les plus fous et les business plans même les plus loufoques, trouvent financement auprès des capitals risqueurs, avides de jouer un rôle dans la nouvelle économie.

Dans le livre de Philip Kaplan, pardonnez le titre, "Fd companies", une centaine de sociétés Internet sont tournées en dérision. Je vous livre quelques extraits traduit de l’anglais:


MUSIC.COM
Etait un nom détenu par une société qui produisait des semi-conducteurs, réalisant le potentiel de ce nom générique ils se sont mis à vendre des CD et des instruments et ont ouvert un cimetière virtuel permettant aux internautes de laisser un messages à leur rock star défunt préféré.

Ils ont capté l’intérêt de Microsoft, DreamWorks et Virgin. La première année ils ont perdu $ 1.5 million et ont fermé.

TOYSRUS.COM
Est un exemple de comment une technologie défectueuse, plein de bugs a tué une dotcom. En juillet 2000, la FTC leur infligé une amende de $ 1.5 millions pour ne pas avoir tenu leurs promesses de livrer à temps pour Nôel.

IAM.COM
Iam.com a dépensé $ 48 millions pour un service destiné à l’industrie du cinéma qui en fait était à l’exact opposé des besoins de cette industrie. Voulant éviter les intermédiaires, c’est-à-dire les agents, ils proposaient de réunir une base de données comprenant des milliers de CV d’acteurs. Précisons que si les directeurs de Casting apprécient particulièrement leurs agents, c’est justement parce que ce sont eux qui font ce travail de filtrage.

FLOOZ.COM, PETS.COM, MARCHFIRST.COM
Finalement, le monde ne s’est pas précipité pas pour payer ses achats online en Flooz, la nouvelle monnaie Internet

Pets.com n’a pas été rentable en facturant $ 5 une livraison qui leur en coûtait $ 10

et MarchFirst.com, qui produisait des sites Web, en lançant une campagne de pub de $ 50 millions — non pas pour générer du nouveau business, mais pour recruter des employés — a du par la suite licencier 2’100 personnes.


Les dépenses extravagantes des dotcoms ont conduit beaucoup à leur perte, quelques exemples sortent du lot:

Suite au succès de Monster.com, un site d’emploi, qui s’était offert un spot télévisé de 35 secondes lors du Super Bowl en 99 — et devenu dès lors un mot d'usage courant aux Etats Unis —, l’année suivante, une quinzaine de dotcoms font de même:

Angeltips.com, une société d’analyse financière, qui n’avait pas encore généré un cents de chiffre d’affaire, a dépensé $ 2 millions pour un spot.

Computer.com qui avait récolté près de 6 millions auprès d’investisseurs dépensera la moitié pour 3 pubs de 30 secondes lors du Super Bowl.


Le début de la fin est généralement attribué à Boo.com, une start up spécialisée dans la vente sportswear sur Internet ... et la première importante faillite de l’histoire du Net. Ils ont tiré la prise sur le site le 18 mai 2000. Ils ont dépensé 130 millions de dollars en 24 mois.

Son ambition internationale, son site en plusieurs langues permettant des transactions dans plusieurs monnaies, ses dépenses excessives et le côté glamour qui entourait ses fondateurs, son échec et le récit poignant de sa fin a capté toute l’ampleur des rêves brisés de l’ère dotcom.
.

A fin 2000, 210 sociétés Internet ont fait faillite — dont 50% était des société de e-commerce.

28’243 employés ont été licenciés


Le thème de ma présentation était les excès de la bulle Internet et les exemples n’étaient pas difficiles à trouver.

Mais cela ne va pas dire pour autant que l’Internet n’est pas une véritable révolution, une technologie fondateur d’une nouvelle manière de vivre, d'échanger et d’entreprendre.

C’est une partie intégrante et indispensable du tissu de la vie quotidienne et du travail. Pouvez-vous imaginer de vivre sans e-mail?

Je vous ai préparé une page sur mon site avec une liste de livres sur ces années historiques du Net, des témoignages des récits, des analyses et un merveilleux roman sur l'ère dotcom par Chine Lanzmann.












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