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Last Update: 21.01.2003 |
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Entretien avec Jean-Pierre Cloutier les Chroniques de Cybérie Par Emily Turrettini Une fois par semaine, immanquablement depuis 1994, Les Chroniques de Cybérie sont envoyés depuis Montréal pour atterrir quelques secondes plus tard dans les boîtes électroniques de milliers de personnes aux quatre coins du monde. Sous un accueil chaleureux et familier, "Salutations à tous les Cybériens et Cybériennes ! cette lettre hebdomadaire est un des repères les plus fiable et fidèle du réseau. Signé par Jean-Pierre Cloutier, 53 ans, journaliste/photographe et explorateur Internet par passion, un modèle du genre, ce newsletter doublée d'un site Web indépendant est né un peu par hasard autour d'une table de bistrot où quelques amis se retrouvaient pour s'échanger les bonnes adresses du Net. Son commentaire de l'actualité du réseau avec sa touche d'humeur est unanimement reconnu comme une adresse incontournable et une gageure de l'excellence du web francophone. Interrompu une première fois en 1997 pour des raisons économiques, un mouvement de solidarité sans précédent s'est répandu comme un feu de poudre sur le Web. Sous l'emblème d'un manifeste intitulé "Froid Glacial en Cybérie", des centaines de sites se sont mis en berne et ont suspendu leurs activités pendant une semaine, du 20 au 27 octobre 1997, pour exprimer leur solidarité et leur colère. Dans les mois qui ont suivi, les Chroniques de Cybérie ont trouvé refuge sur le site suisse du Webdo.ch où elles ont été publiées pendant 3 ans, puis sont retournées au Canada lors d'une restructuration chez Ringier. Une nouvelle pause cet été. Qui perdure... Nous avons cherché à savoir pourquoi et ce que pense Jean-Pierre Cloutier des événements marquants de l'année écoulée Emily: Bonjour Jean-Pierre, le 9 septembre, vous avez publié : "avoir ayant accepté un contrat de préparation de textes pour un nouveau site Web devant voir le jour à la fin octobre et qu'il n'était pas possible de cumuler cette activité à celle des Chroniques". Nous sommes maintenant en décembre, ou en êtes-vous? Jean-Pierre Cloutier : Eh bien, le projet sur lequel je travaillais a été plus accaparant que prévu, mais les Chroniques de Cybérie reprendront en janvier. Au cours des derniers mois, j'ai travaillé à la rédaction des dossiers d'information du site Web d'accompagnement de la série documentaire télévisée eXtrémis. C'est une série qui traite de situations extrêmes, comme les enfants-soldats en Sierra Leone, la prostitution juvénile à Vancouver, la guerre de l'eau en Palestine, les "disparition" à l'époque de la junte militaire en Argentine. Pour chacun de ces thèmes, j'ai rédigé un dossier d'information publié sur le site Web d'eXtrémis pour ceux et celles qui veulent se documenter plus à fond sur le sujet. Ce sont toutes des situations éminemment complexes sur lesquelles il est impossible d'écrire rapidement, en ne traitant que la surface ou les événements récents. Donc, beaucoup de recherche, de mise en contexte, puis il faut trouver le ton qui convient. Si les thèmes étaient très différents de ceux que j'aborde dans les Chroniques de Cybérie, ils ne m'étaient cependant pas totalement étrangers. J'ai donc eu l'occasion de les approfondir, tout en continuant d'bserver ce qui se passait dans l'univers des réseaux. Emily: Avez-vous trouvé un modèle économique pour financer Les Chroniques de Cybérie à leur retour? Jean-Pierre Cloutier: Je ne crois pas quil faille parler à proprement dire de "modèle économique", ce serait prétentieux. Disons que nous sommes en pourparlers avec des partenaires pour un financement stable et récurrent. Il y aura à tout le moins une entrevue par mois, peut-être une section sur la photo numérique, et peut-être aussi un fractionnement par rubrique de la chronique qui, en ce moment, est livrée en un seul bloc. À terme, l'objectif est de faire un produit qui ressemble davantage à un magazine, avec l'ajout de rubriques spécialisées. Je sais que certains n'ont pas réussi à assurer la viabilité de cette formule, et c'est à regret que j'ai vu de bons netmags cesser de publier, mais je crois qu'il y a un recentrage des intérêts des lecteurs et lectrices, et un créneau d'information négligé par les grands médias qui est à exploiter. Emily: Un des éléments marquant cette année est la proposition du gouvernement américain de développer un système centralisé pour surveiller l'information et les échanges sur le réseau ("The National Strategy to Secure Cyberspace"). Notre liberté d'expression sur Internet est-elle à nouveau menacée? Jean-Pierre Cloutier: La liberté d'expression sur Internet n'a jamais cessé d'être menacée. Dans certains pays, on censure ce à quoi les gens peuvent avoir accès ou ce qu'ils peuvent diffuser. Dans d'autres, on essaie de faire des causes types devant les tribunaux avec des procès en diffamation. La prochaine étape, c'est de voir la censure et la surveillance imposées au nom de la sécurité et de la lutte au terrorisme. À cet égard, la stratégie étasunienne que vous évoquez, et le tout nouveau "Total Information Awareness" n'augurent rien de bon. En Europe, on parle de la la Convention sur la cybercriminalité. Au Canada, c'est l'"Accès légal" aux données qui a fait l'objet d'une consultation cet automne par le ministère de la Justice Or, le Commissaire canadien à la vie privée s'est exprimé clairement, disant qu'il ne voyait pas pourquoi les courriels devraient être assujettis à une norme de protection inférieure à celle qui s'applique aux appels téléphoniques ou à la correspondance, pas plus pourquoi le furetage sur Internet devrait être assujetti à une norme de protection inférieure à celle qui s'applique à l'achat de livres ou aux recherches dans des ouvrages de référence. Ce qui est malsain dans cette tendance, c'est que d'une part, plupart des États emboîteront le pas à la surveillance et à la censure et que, d'autre part, ils opéreront pour des raisons évidentes dans le plus grand secret. En février 2001, j'écrivais "Vie privée : Orwell ou Kafka?" relatant la conception de Daniel J. Solove sur la vie privée, soit que : "En examinant le contexte en vertu de la métaphore kafkaïenne, le problème en est un d'impuissance, de vulnérabilité et de déshumanisation entraînée par la constitution de dossiers contenant des renseignements personnels, une situation dans laquelle l'individu n'a aucun mot à dire sur les modes de collecte et d'utilisation de cette information [...] La métaphore Big Brother est certes efficace pour décrire certains problèmes de respect de la vie privée, mais ces problèmes ne sont pas tous identiques. Je soumets que cette métaphore [Ndlr. orwélienne] ne réussit pas à saisir adéquatement la dimension la plus importante du problème des bases de données, soit la nature de nos rapports avec les bureaucraties privées et publiques et les effets de ces rapports sur la dignité humaine et la liberté." Vous excuserez la longueur de la citation, mais c'est à mon avis l'énoncé le plus clair de ce qui nous menace. Et ça peut avoir des effets incalculables sur les populations. Parlons d'un "Effet Heisenberg" psychologique, du nom du physicien qui a démontré qu'il est impossible d'observer des particules subatomiques sans en modifier le comportement. Imaginons l'effet de surveillance chez les humains. Emily: Merci! |
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