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Piano interactif
Un nintendo musical
L'animal se présente comme un piano normal avec pour toute différence que le lutrin intégré est remplacé par un écran d'ordinateur sensible au toucher. A l'intérieur, les cordes ont disparu au profit de baffles et de l'équipement informatique nécessaire: synthétiseur capable de reproduire les sons de 128 instruments différents, lecteur de disquettes et de CD-ROM, et un mini studio d'enregistrement. Un modem permet de télécharger les derniers programmes musicaux.
Ce "premier piano interactif" est vendu par David Van Koevering qui l'a inventé avec son associé Bob Moog pionnier du synthétiseur dans les années soixante.
L'instrument a été conçu pour plaire à une gamme d'usagers: les familles qui peuvent s'y exercer à des sessions dominicales de karaoke, aussi bien que les parents trop occupés pour surveiller de près les leçons de piano et les progrès de leurs gamins. Quant à ces derniers, ils sont censés apprécier les logiciels d'enseignement présentés comme des jeux éducatifs.
Quand ils commencent une leçon devant le piano les enfants voient apparaître sur l'écran deux professeurs qui les guident alors que les notes des exercices défilent sous leurs yeux. Leurs succès aussi bien que les parties qui demandent à être retravaillées sont illustrés par des dessins animés (applaudissements discrets ou foule enthousiaste debout). Et la critique de leur travail est présentée sous forme de coupure de presse de critique musicale.
Les enfants peuvent s'enregistrer et réécouter leur travail. Il est compatible avec le protocole MIDI (Musical Instrument Digital Interface), ce qui permet d'y brancher n'importe quel instrument et d'improviser une jam session à tout moment.
Le piano interactif n'a pas toutes les capacités des synthétiseurs récents mais s'efforce de répondre aux besoins de ceux qui veulent apprendre le piano ou le jouer en amateur. Grave inconvénient: il se vend entre 8.000 et 17.500 dollars. Un peu cher pour un instrument qui se présente comme une compétition sérieuse au Nintendo.
On peut en outre critiquer les paramètres didactiques retenus. Interrogé par courriel, José Wolffer, critique musical du quotidien mexicain Reforma nous a répondu que: "habituer les enfants à juger leur performance en fonction des réactions variables du public revient à les conditionner à concevoir leur exercice en termes d'acceptation populaire ce qui n'est pas sain." Et il termine avec cette question: "Ce piano entraîne-t-il l'ouïe ou seulement les doigts?"
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Francis Pisani est un journaliste indépendant. Installé à San Francisco, il couvre les Technologies de l'information et de la communication pour El País / Madrid, Reforma / Mexico et Le Monde / Paris.
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