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Mieux que Deep Blue
Les nouvelles écrites par un ordinateur
Les amoureux de littérature instantanée qui vont faire un tour sur le site instantnovelist.com sont invités depuis la semaine dernière à choisir parmi 5 nouvelles celle qui leur paraît la meilleure. Elles ont la trahison comme thème commun qu'elles déclinent en deux feuillets ou moins. Des textes qui ne retiendraient pas spécialement l'attention si on ne savait pas que l'un d'entre eux a été rédigé par un ordinateur.
Le site, animé par Dan Hurley, publie tous les textes (nouvelles, essais, poèmes) que soumettent les visiteurs. Hurley lui même se présente comme "le Shakespeare de la rue". Il s'est fait connaître en recueillant sur les trottoirs de Chicago et de New York les histoires de leur vie que voulaient bien lui raconter les passants. Il a écrit à ce jour 22.613 romans d'une page et a publié un livre intitulé "The 60-Second Novelist". "Comme dans la vie, explique-t-il, il n'y a pas de répétition." Et il se rattache expressément à l'idée avancée par Jack Kerouac de "l'écriture spontanée", une prose de "l'âge de l'espace" dans laquelle la "science du langage sera à la hauteur de la science du mouvement" des astronautes.
On comprend, dans un tel contexte que Dan Hurley ait immédiatement réagi en apprenant que Selmer Bringsjord, directeur du laboratoire "Les esprits et les machines" d'un institut polytechnique de l'État de New York avait créé un programme capable d'écrire des nouvelles. Hurley eût alors l'idée du concours qui est une sophistication intéressante du fameux test de Turing imaginé par le mathématicien anglais pour qui on peut dire qu'une machine est intelligente quand un humain dialoguant avec elle ne parvient pas à savoir s'il parle avec une machine ou un/e de ses semblables.
Bringsjord estime que le test des nouvelles est beaucoup plus intéressant que celui auquel s'est livré Gary Kasparov l'an dernier. Les échecs de son point de vue sont "trop faciles". Le programme qu'il a développé s'appelle Brutus.1 et, comme son nom l'indique, il se spécialise dans les histoires de trahison. La raison en est peut-être (il ne s'agit que d'une interprétation personnelle) que l'auteur a lui-même écrit un roman en 1991. On peut constater sur son site qu'il avait alors déclaré qu'un ordinateur peut copier les auteurs de best-seller à formule (un ordinateur peut être programmé pour
cela) mais pas un écrivain comme John Updike qui est imprévisible.
On peut s'interroger sur la qualité des nouvelles retenues pour ce concours. On peut s'amuser à constater que certain style littéraire, certaine atmosphère créée par les mots fait penser à l'univers informatisé de demain et que même certains humains sont capables d'imiter à merveille ce qu'ils pensent qu'un ordinateur serait capable d'écrire. Mais le concours prouve au moins une chose: qu'on peut avoir des doutes. C'est beaucoup plus important que d'essayer de trancher.
La nouvelle gagnante et celle qui a été écrite par Brutus.1 seront connues le 18 novembre.
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Francis Pisani est un journaliste indépendant. Installé à San Francisco, il couvre les Technologies de l'information et de la communication pour El País / Madrid, Reforma / Mexico et Le Monde / Paris.
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