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Pseudo.com
Deux graves erreurs des point.com américains de l'information

Pseudo, vient du grec et ça veut dire menteur. On ne peut que saluer le panache de la dot.com qui s'est dotée d'un tel nom et qui s'offre comme "le plus grand producteur mondial de divertissement original pour la télé-internet". Il est plus inquiétant néanmoins de découvrir qu'elle a choisi pour se faire connaître du grand public, de couvrir la récente convention du parti républicain avec un luxe de moyens destinés à montrer les vertus de la compagnie et de l'internet dans la couverture des plus grands évènements médiatiques.

Pseudo.com n'était pas seule dans cette aventure, la présence de plusieurs dizaines d'entreprises de la toile était suffisamment remarquable pour que de nombreux médias leur consacrent un ou plusieurs articles et parlent de la première "convention internet" un peu comme on a pu parler en 1952 de la première "convention télévision" ce médium qui a bouleversé à jamais la vie politique américaine et mondiale.

Pseudo a retenu l'attention parce qu'elle avait installé 5 webcams destinées à permettre à chacun de suivre le spectacle 24h sur 24 en choisissant son point de vue. Hélas, il n'y eut pas de spectacle. On a pu voir des lancers de ballons, écouter quelques discours et beaucoup d'applaudissements mais tout était si bien huilé, si parfaitement orchestré que tous ces journalistes et leurs gadgets furent incapables de déceler la moindre tension, le moindre suspense sans lequel un tel évènement est ennuyeux même s'il est important.

La première erreur des dot.com de l'information a été de ne pas comprendre que la convention républicaine ne pouvait que confirmer que la pratique dominante ne fait qu'augmenter les sévices de l'excès d'information. Il y avait à Philadelphie 8 journalistes pour un délégué. Toute spontanéité de ces derniers avait été effacé avec méthode au profit des déclarations officielles savamment pesées. Tout cela donne lieu à un bien mauvais spectacle et au pire des journalismes. Des dizaines, des centaines, des milliers de caméras et quelques webcams ne pouvaient rien y changer.

La seconde erreur a consisté à chercher à privilégier le futur de la technologie au détriment du présent. Un peu comme elle montrent un grand talent pour se préoccuper des recettes de demain sans s'inquiéter des pertes d'aujourd'hui.

Même quand elles valent la peine, il faut pour apprécier les images saisies par les webcams bénéficier d'une ligne à haut débit or, seule une fraction minuscule du public américain est doté d'installations suffisantes. Manque de chance, un rapport de la Federal Communications Commission (FCC) publié le jour du discours prononcé par George Bush, le candidat républicain, montre que si le nombre de lignes à haut débit a été multiplié par trois entre 1998 et la fin 1999 (date à laquelle l'étude a été réalisée) il n'atteint encore qu'un peu plus de 1% des foyers et des entreprises.

Du point de vue des médias qui diffusent sur la toile, la première "convention internet" est un fiasco. Un évènement trop couvert, excessivement contrôlé et peu spectaculaire ne pouvait pas permettre de tirer parti des vertus propres à l'internet: l'accès au moment de son choix à une multitude de point de vue et la pratique de l'interactivité.

En cherchant à diffuser autant et même plus d'images qu'une chaîne de télévision, Pseudo.com a sans doute réussi une belle opération de promotion. Mais elle a également fait preuve d'un grave manque de vision. En matière d'information, le vrai défi d'aujourd'hui n'est pas d'en donner plus mais d'aider à mieux choisir, de sélectionner, d'analyser, de permettre à l'usager de s'y retrouver. C'était d'autant plus important qu'il s'agissait d'un évènement politique et que l'usager, en l'occurrence, était concerné non pas comme consommateur mais comme citoyen.




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Francis Pisani est un journaliste indépendant. Installé à San Francisco, il couvre les Technologies de l'information et de la communication pour El País / Madrid, Reforma / Mexico et Le Monde / Paris.




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