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Micro paiements:
Des micro paiements aux nano paiements
S'ils étaient adoptés, les micro paiements pourraient résoudre bien des problèmes de l'internet et de son financement. C'est insuffisant affirme le professeur Clay Shirky pour qui leur échec tient au fait que les usagers n'en veulent pas. Il n'aura peut-être pas le dernier mot.

Francis Pisani - LatinoTek.com
San Francisco, Californie,
06-mar-01

Les micro paiements ne marchent pas et ne marcheront jamais dit en substance Clay Shirky, l'une des autorités montantes en matière d'internet. Shirky est à la fois professeur dans une université de l'État de New York et partenaire d'une importante firme d'investissement qui s'intéresse de près à l'architecture P2P (Peer-To-Peer, de pair à pair) et aux opportunités que cela peut présenter pour le monde des affaires.

Son argument principal, exposé dans un essai intitulé "Contre les micro paiements" c'est que les usagers n'en veulent pas. "Hélas, écrit-il, les obstacles que doivent surmonter les micro paiements ne sont ni des problèmes de technologie ni des problèmes d'interface. Ils tiennent à la réaction des usagers. Les tentatives n'ont pas manqué et si les gens y étaient le moins du monde favorable on aurait vu des signes de leur enthousiasme. La longue liste des compagnies ayant échoué ou connaissant de sérieuses difficultés (FirstVirtual, Cybercoin, Millicent, Digicash, Internet Dollar, Pay2See, MicroMint and Cybercent) est un signe du contraire.

Shirky rappelle à juste titre qu'il y a un moment d'inquiétude dans toute décision de dépenses. Le scepticisme des usagers s'explique, selon lui par le fait que les micro paiements sont une source d'angoisse et de confusion. Aucun niveau de simplicité technique (il mentionne un standard qui consisterait à inclure l'information sur le paiement dans le lien que l'on active pour passer commande du produit désiré) ne peut les éliminer complètement. Le problème de fond des micro paiements serait ainsi qu'au contraire, en atomisant les occasions d'achat, on multiplie les moments où il faut prendre une décision.

Et on ne sait jamais combien d'argent on a dépensé, combien il reste sur le compte ce qui est une source de confusion. Pire, l'usager est conduit à se demander à chaque fois pourquoi un produit n'est pas gratuit s'il ne vaut que quelques centimes: "C'est précisémment la taille micro des micro paiements qui est source de confusion", conclue-t-il.

Il n'y a pas d'autre solution selon lui que celles qui ont déjà fait leurs preuves dans le monde réel: réunir des unités peu chères pour les vendre en paquet (un journal n'est autre, dans cette vision, qu'une collection d'articles); proposer un abonnement fixe qui permet à chacun de savoir combien il paye et d'établir un calendrier simple; les subsides qui consistent à faire payer le produit qui ne vaut pas très cher par quelqu'un d'autre, par exemple l'annonceur publicitaire.

Les arguments avancés dans l'article "Contre les micro paiements" ne sauraient être ignorés pour la simple raison qu'effectivement ces derniers ont du mal à s'imposer. Et on ne saurait nier que ses avocats prennent volontiers leurs désirs pour des réalités: "Les partisans des micro paiements ont suggéré depuis longtemps que les micro paiements réussiraient parce que ce serait bien qu'ils réussissent."

Mais Clay Shirky, et la plupart des entreprises qui essayent le modèle – les quotidiens qui vendent un article 3 dollars par exemple -semblent ignorer la notion de seuil.

Certains internautes hésitent à dépenser 3 dollars, d'autres vont jusqu'à deux ou trois fois plus. Mais le nombre de ceux qui, ayant accès à l'internet, se sentent en danger pour une décision d'achat de 5 ou 10 cents est sans doute relativement limité.

Les micro paiements sont souvent définis comme ceux qui se situent en dessous de 10 dollars. Peut-être faudrait-il lancer la formule des nano paiements en précisant qu'ils correspondraient à des paiements évalués en cents.

Dans l'économie digitale, où le coût d'hébergement et de reproduction sont presque égaux a zéro alors que le nombre de personnes potentiellement intéressées se compte en millions ou plus, il n'y a aucune raison pour faire payer plus.

Tant que l'alternative oppose payer et ne pas payer, même un paiement minimum est dissuasif (surtout s'il est compliqué). Mais les choses changeront le jour où nous devrons choisir entre différentes formes de paiements et différents montants, certains évalués en dollars et d'autres en centimes.


Clay Shirky - The Case against MicroPayments
Jakob Nielsen - The Case for MicroPayments

Autre Article de Francis Pisani : Micro paiements: pour une poignée de centimes



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Francis Pisani est un journaliste indépendant. Installé à San Francisco, il couvre les Technologies de l'information et de la communication pour El País / Madrid, Reforma / Mexico et Le Monde / Paris.




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