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05.08.2002

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A propos de troc, de crises et de réseaux

Très à la mode en plein essor de la «nouvelle économie», le mot troc (barter) revient assez souvent en pleine crise. Car c’est une façon d’y répondre ; mais c’est aussi l’un des éléments qui la rend plus grave.

Sans arriver aux extrêmes du cas de l’Argentine, où la fermeture intermittente des banques a contribué au fleurissement des clubs de troc, les USA assistent à un retour en force de cette modalité primitive d’échanges commerciaux. À San Francisco, par exemple, le troc se fraye de plus en plus d’espace dans la Craiglist, l’espace virtuel (bulletin board) que les habitants de la région consultent à la recherche d’offres d’emploi et d’appartements à louer. Samedi 6 juillet au matin, on pouvait y trouver une vieille machine à laver, évaluée à «$00», que l’on proposait d’échanger contre des produits non clairement définis ; une vitrine de musée à échanger contre une imprimante ; ou encore quelqu’un qui proposait de faire des photos de bébés ou de mariage en échange de kilomètres accumulés dans les programmes de fidélité des compagnies d'aviation.

Grâce au troc, dans une société que certains qualifient d’«agents libres », un masseur peut échanger des massages contre un kit sportif ou un dentiste peut soigner celui qui l’aidera à remplir sa feuille d’impôts. A Los Angeles, la Capistrano Valley High School, a autorisé l’installation d’une antenne de retransmission de téléphonie portable ; en contrepartie, la société de téléphonie a pris en charge l’aménagement des toilettes du stade de l’établissement.

Mais pour étonnant que cela paraisse, le troc contribue aussi à nourrir la crise. Selon des analystes, un contrat de plus de 6 milliards de dollars, conclu entre WorldCom et Electronic Data System, prévoyait un troc de services permettant de gonfler les résultats des deux sociétés. Il s’agirait là d’une pratique qui serait justement au centre du scandale. D’une façon plus générale, l’une des principales raisons qui ont conduit les sociétés à réviser aujourd’hui leurs bénéfices serait la propension de beaucoup d’entre elles à enregistrer des opérations de troc comme s’il s’agissait de ventes réelles. Les actions de Verisign, par exemple, ont accusé une baisse dramatique dès qu’il a été révélé que les opérations de troc représentaient  4% du total des recettes.

Selon l’Association internationale pour le commerce réciproque (IRTA en anglais), en 2001, le troc entre sociétés commerciales a représenté près de 8 milliards de dollars. La même source signale que l’augmentation de 12%, pour la troisième année consécutive, pourrait faire monter ce pourcentage à 20% en 2002. Sans tenir compte que, seulement aux USA, le troc informel est estimé à 5 milliards de dollars.  

L’extension du troc entre sociétés commerciales provient, en partie, de la création de bourses de valeurs (exchange) virtuelles. En période de crise, ce procédé permet de réduire les difficultés que pose le manque de liquidité et contribue à éliminer les excès de stocks et de capacité de production.

Aujourd’hui, le recours au troc, voire les abus dont il fait l’objet, est lié aux bontés et aux avatars de la dite «nouvelle économie ». Les petits entrepreneurs qui ont participé à la course à l’or des «pointcom » y ont fait appel pour résoudre leurs carences initiales de liquidité. C’était presque un phénomène culturel : l’économie sans argent ne pouvait attirer que les hackers qui ont tant apporté à l’aube d’Internet. Mais les choses sont encore allées plus loin.

Moyen traditionnel en temps de crise, le troc pourrait être un élément clé de l’économie à l’époque des réseaux. En réussissant à mettre en contact des personnes géographiquement éloignées, l'internet a rendu globale une pratique ancienne mais qui avait toujours été locale.

Il y a plus: le troc se trouve au cœur de tout système d’échanges de matériel informatisé tel que Napster ou Gnutela. Il n’y aurait point de système P2P (point à point) sans troc de morceaux de musique ou d’espace dans le disque dur de l’ordinateur de chaque participant.


Troc sur la Craiglist

International Reciprocal Trade Association

Barter News

Barter News


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Francis Pisani est un journaliste indépendant. Installé à San Francisco, il couvre les Technologies de l'information et de la communication pour El País / Madrid, Reforma / Mexico, Le Monde et Le Nouvel Hebdo / Paris.




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