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Last Update:
18.11.2002

Les téléphones mobiles :
un nouveau média

par Emily Turrettini





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Musique

Personnaliser la sonnerie de son mobile est devenu un véritable phénomène de société et les majors du disque réagissent pour récupérer les interprétations mobiles de leurs artistes. 

Quelle est cette sonnerie?

C'est un jeune homme britannique de 23 ans, James Winsoar, qui a réalisé que les téléphones mobiles Nokia comportaient une fonctionnalité qui permet de rajouter des sonneries (ou ringtones) et qui a lancé le premier site pour les télécharger, My Nokia, en juillet 1999. Depuis, personnaliser la sonnerie de son mobile est devenu un véritable phénomène de société et plus de 1400 sites en proposent, offrant tous les genres de musique; classique, opéra, country, jazz, reggae, … même les bandes sonores de films, de feuilletons télévisés ou de jeux vidéo, des hymnes nationaux ou encore les derniers tubes MTV par les plus grands interprètes de la musique. Boy George, un des icônes de la musique des années 90, a même composé un ringtone original intitulé "Sonic Trigger Ringtone" pour l'opérateur Vodafone en Grande-Bretagne. Et en Finlande, Nylon Beat, un groupe féminin très populaire — l’équivalent nordique des Spices Girls — a été le premier groupe en 2001 à sortir un single, "Not Guilty" en tant que ringtone avant même la sortie du CD et ce "teaser" qui a passé sur les ondes des radios, s'est montré si efficace que le titre a été No 1 le tout premier jour de sa mise en vente dans les magasins.

Le téléchargement des sonneries sur les téléphones mobiles engendrerait une perte de 1 million d’euros chaque jour à l'industrie du disque, selon des analystes chez Envisional, une société britannique de logiciels spécialisée dans la protection des droits d'auteur, et la situation pourrait devenir comparable à celle de Napster. L'ampleur du problème est difficilement quantifiable mais ils estiment que des centaines de milliers de sonneries sont disponibles gratuitement, sans reverser les droits d'auteur.

Les majors du disque veulent récupérer les interprétations mobiles des musiques de leurs artistes. Et l’an passé, EMI a été le premier à intenter une action en justice contre YourMobile.com, un site Web qui proposait des sonneries à télécharger gratuitement provenant de leurs artistes, réclamant 45 millions d’euros en dommages et intérêts.

Selon le juriste de Musiwave — une société de technologies mobiles —, également directeur associé au Geste (le Groupement des Editeurs de services en ligne), "le droit de fragmentation auquel se réfère les différentes sociétés de disque pour prétendre à un revenu n’est qu’une vaste fumisterie, il ne peut pas y avoir (en France et dans les pays ou l’organisme de recouvrement à l’instar de la Sacem représente à la fois l’auteur et l’éditeur) de revendication fondée à ce titre."

Des alliances se forment entre opérateurs, sociétés de technologies mobiles, maisons de disque et autres géants du média, comme EMI et Cartoon Network, EMI et Musiwave, BMG et Musiwave, Sony/ATV Music Publishers et Premium Wireless Services, pour le licenciement de technologies et de droits d’auteur. L'agence Harry Fox qui représente près de 30'000 éditeurs de musique et 160'000 compositeurs a créé l'an passé un programme spécial pour le licenciement de sonneries. Un marché estimé à près de 1 milliard d’euros en Europe pour 2001 et idem pour 2002.

Selon Gilles Babinet, PDG de Musiwave, "le manque de croissance du marché s'explique par un effet déceptif dû aux services audiotels principalement, qui annonce des sonneries pour 1 à 2 euros, et en réalité en facture 5, retenant les intéressés au bout du fil pour faire tourner le compteur."

Jusqu'à présent, les sonneries étaient monophoniques, reproduisant une seule note à la fois, laissant souvent à désirer et surtout à deviner le titre exact de la chanson. Mais une nouvelle technologie est déjà opérationnelle sur plusieurs modèles de téléphones compatibles SP MIDI et de nouveaux modèles arrivent sur le marché en ce moment qui permettent aux sonneries de reproduire 16 notes, sons et instruments différents, jouant simultanément. Ce sont les sonneries polyphoniques. Le résultat est bien meilleur et la sonnerie plus fidèle à la musique originale. Précisons que les fichiers SP MIDI, trop lourds, ne sont pas transmis par SMS comme les sonneries d'aujourd'hui mais par le biais du WAP.

Encore plus intéressant, une nouvelle technologie brevetée et proposée par Musiwave qui permet d'avoir de la "vraie musique" en guise de sonnerie. Baptisée "MusiTonesTM", cette innovation technologique a intéressé BMG, la filiale du groupe allemand des médias, Bertelsmann. Musiwave a conclu un partenariat avec BMG pour proposer son catalogue, lui un mode alternatif pour la distribution et la promotion de sa musique et selon Gilles Babinet, "un moyen pour récupérer les droits d’auteur". MusiTonesTM est déjà disponible auprès de plusieurs opérateurs européens comme One2one en Angleterre, D1, Vizzavi et Quam en Allemagne, Orange en France, Telefonica Moviles en Espagne et Optimus au Portugal.

Ringtones et Lifestyle : Petit tour d'horizon

En Europe de l'Ouest, aucun adolescent branché ne sélectionne une des mélodies en option sur son mobile, mais il surfe le Web sur des sites tels que Kiwee, Mobilipop, planetesms, Jippii, Infowing, MTVringtones ou simplement sur le site de son opérateur et choisit une nouvelle chanson, en général plusieurs fois par mois. Celle-ci lui parvient par SMS pour un coût d'environ 1 euro qui est imputé directement sur sa note de téléphone.

Lorsque le groupe féminin nordique Nylon Beat entonne les premiers accords de musique lors d'un concert, leurs fans dans le public lèvent leurs téléphones et les mélodies se mêlent à ceux du groupe sur scène.

En Scandinavie, les sonneries sont si populaires que les groupes de musique sortent maintenant leurs morceaux en cinq formats: CD, cassette, vidéo, MP3 et … ringtone.

Pour le lancement de leur nouveau single au mois d'octobre, «Stars», le groupe Finlandais Firevision a proposé pour la première fois un clip vidéo diffusé sur l'écran d'un Nokia.

Les compositeurs s'y mettent:

Le compositeur britannique Simon Turner et l’écrivain Marcus Moore ont fait participer une trentaine de personnes munies de leurs téléphones mobiles — lors du festival "Cheltenham Litterary Festival" au mois de juillet, dans le cadre du "New Ring Cycle" — en leur faisant jouer un morceau de leur composition intitulé "SIM-phone-ya", à partir des sonneries de leurs portables.

Le compositeur américain, Golan Levin, a composé une symphonie intitulée "Dialtones Telesymphony", dont les 200 instruments étaient des téléphones mobiles et les musiciens, le public. Les spectateurs ont enregistré leur numéro de mobile à l’entrée des concerts — qui ont eu lieu à Linz en Autriche et à Expo 02 en Suisse — et se sont vu désigner leur numéro de place ainsi qu’une mélodie à télécharger. Pendant le concert, Levin et d’autres musiciens composaient les numéros de téléphone sur un instrument spécialement conçu à cet effet.

Et une anecdote sur les sonneries qui a fait le tour du monde, celui de l'organiste qui n'est pas arrivée à temps pour un mariage. La mariée est donc descendue au bras de son père jusqu'à l'autel au rhythme accéléré d'une sonnerie provenant du portable d'un des invitiés, interprétant «La Marche Nuptiale» de Wagner.



Sources : Sonneries, Logos, Images / Articles sur les ringtones



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