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Last Update: 13.5.1999 |
Elec_Chroniques |
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Kosovo, Deep Blue et les limites de la technologie A première vue, les technologies de pointe permettent d'obtenir des succès extraordinaires. Le recours par l'OTAN aux systèmes de navigation les plus sophistiquées, aux instruments de repérage, aux ordinateurs miniaturisés et autres caméras omni présentes contre la Yougoslavie semble se solder par un bilan positif. Sans avoir perdu un seul homme au combat l'aviation occidentale a infligé des pertes considérables à ses adversaires, elle a détruit une partie significative de leur infrastructure. Dans un deuxième temps, cependant, on est amené à prendre en compte certaines réserves. La première est une question de limites. Il arrive que l'avion le plus avancé soit abattu par une fusée relativement archaïque, que la technologie soit impuissante contre certains types de forces, d'organisations. Efficaces dans la guerre du golfe, les fusées capables de détruire les radars en se guidant sur les ondes qu'ils émettent ne semblent pas l'être en Yougoslavie pour la simple raison que les militaires serbes utilisent leur système de détection de façon intermittente. L'aviation de l'OTAN a beaucoup de mal quand elle se heurte à une armée qui tire une partie de son expérience historique de la guerre de guérillas, qui sait éclater en petites unités mobiles et capables de communiquer entre elles avec des moyens rudimentaires. Les armes sophistiquées sont fragiles. Il suffit de voir la difficulté qu'ont les américains à mettre en uvre leurs hélicoptères Apache pour se rendre compte que quand le terrain, n'est pas idéal (comme pouvait l'être le désert) leur utilisation est problématique. Il y a aussi des bavures. Il arrive que les bombes intelligentes perdent le nord (ou qu'elles soient alimentées d'informations erronées par des hommes intelligents qui se trompent) et aillent frapper là où elles ne devraient pas. Le coût humain peut-être considérable. Les images le montrent mieux que tous les discours et pèsent sur l'opinion publique au point d'avoir un impact politique. Elles contribuent à diviser l'opinion aux États-Unis comme en Europe de l'Ouest. En Russie comme en Chine, elles l'unissent contre l'OTAN et contre l'Ouest. Un des problèmes les plus sérieux des armements qui dépendent lourdement des technologies de pointe c'est qu'ils coûtent cher. Aucune des économies les plus riches en dehors des États-Unis n'est capable d'en produire en nombre suffisant. Les États-Unis eux-mêmes ont découvert avec effarement au bout de quelques semaines qu'ils commençaient à manquer de missiles de croisière. Tout leur système de défense repose sur la notion qu'ils peuvent mener en même temps des conflits en trois points différents du globe. Avec un seul qui échappe aux scénarios conçus par ordinateur ils ont très vite du mal. On est tenté de dire que les technologies les plus avancées sont en train de subir un cuisant échec en Yougoslavie. Il peut se mesurer au fait qu'elles sont insuffisantes pour sauver ceux qu'elles étaient censé défendre et qu'elles ont du mal à détruire l'adversaire qu'on leur avait confié pour mission d'anéantir. C'est le moment de revenir à la fameuse formule de Karl Von Clausewitz pour qui la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens. Si on fait la guerre par technologie interposée, on finit par utiliser la technologie pour régler des problèmes politiques c'est à dire des questions qui relèvent des relations humaines et sociales. Tout ceci devrait être un sujet de réflexion pour ceux qui croient qu'on peut tout résoudre avec des microchips, des lignes de code, des moyens de communication et un peu d'intelligence artificielle. Au niveau de la vie quotidienne, par exemple, on en vient à se demander s'il est vraiment raisonnable de croire qu'un logiciel peut résoudre le problème des enfants qui naviguent sur l'internet (en limitant l'accès à des sites classés comme "dangereux" par un logiciel), ou qu'il puisse permettre une communication fluide entre personnes ne parlant pas la même langue (grâce à la traduction par ordinateur). Et comme les humains ont toujours besoin d'un bouc émissaire, nous proposons Deep Blue, cet ordinateur capable de battre aux échecs le meilleur d'entre nous. Si les échecs sont le jeu de la guerre par excellence (on ignore le Go dans ce syllogisme) et si les ordinateurs peuvent gagner aux échecs, alors il suffit de confier la réalisation de la guerre aux ordinateurs pour qu'ils la gagnent. Il se trouve que dans le monde réel c'est un peu plus compliqué. [ Elec-Chorniques... articles prédécents ] Francis Pisani est un journaliste indépendant. Installé à San Francisco, il couvre les Technologies de l'information et de la communication pour El País / Madrid, Reforma / Mexico et Le Monde / Paris. |
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